TERRA – Conférence de presse – L’énergie

  • Par A SENTINELLA 

Le projet de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) nationale, déclinée en Corse, présente une faille majeure : Le texte définit le biocarburant (HVO) comme le carburant cible, mais autorise le fioul léger en “secours”. Sans plafonnement d’heures annuel strict inscrit dans la loi, le secours deviendra la règle pour des raisons de coût, transformant le Ricanto en centrale fossile permanente.

  • LE MENSONGE DE LA RESSOURCE

EDF promet du biocarburant à tous les Systèmes Énergétiques Insulaires (Corse, Guyane, Réunion, Antilles).

Saturation de la filière : l’usine de Saint-Nazaire (Groupe Avril/Cargill) ne peut pas fournir les 600 000 tonnes nécessaires à l’ambition globale d’EDF. Pour compenser, EDF devra importer du colza OGM d’Australie ou du Canada. Brûler des OGM à Ajaccio est une insulte à l’image de “Corse Propre”. Le surcoût financier : le biocarburant coûte 30 à 50 % plus cher que le fioul. En l’absence de contrainte juridique, EDF arbitrera toujours en faveur de sa rentabilité au détriment de l’air des Ajacciens.

LA “SIGNATURE” DES MÉTAUX LOURDS

Le fioul léger n’est pas un carburant propre. Sa combustion rejette des poisons invisibles :

Nickel et Vanadium : le vanadium est le marqueur exclusif du pétrole. Sa présence dans les fumées prouverait la trahison d’EDF sur le “100 % bio”.

Particules Ultra-Fines (PUF) : Le Ricanto émettra des milliards de particules par seconde. Ces PUF (< 0,1 micron) passent directement dans le sang, provoquant cancers et maladies cardiovasculaires.

Le piège de l’inversion thermique : l’hiver, l’air froid emprisonne ces fumées au sol dans la cuvette d’Ajaccio. C’est l’effet “chambre à gaz” nocturne, au moment précis où le chauffage impose une marche forcée de la centrale.

  •  LE DÉCRYPTAGE DU “MIX ÉNERGÉTIQUE” (Le Trépied)

EDF tente de diluer la pollution dans une moyenne annuelle (Hydraulique / Énergies renouvelables / Thermique).

Le mensonge des 30 % : sur l’année, le thermique semble minoritaire. Mais en hiver, à 19h, le thermique assure jusqu’à 90 % de la puissance appelée. On ne fait pas de “moyenne” de la pollution. Si le poison est injecté 3 mois par an lors des pics de froid, l’impact sanitaire est total. La pollution ne se répartit pas uniformément sur l’année. Elle est concentrée massivement lors de ces pics de froid où le Ricanto sera sollicité au maximum de sa puissance. L’impact sur les poumons des Ajacciens est donc lié aux 90 % de puissance de pointe, pas aux 30 % de la moyenne annuelle. Si vous gérez une flotte de bus, vous ne regardez pas la vitesse moyenne sur l’année pour savoir si vos freins sont bons. Vous regardez la vitesse maximale en descente.  Pour le Ricanto, c’est pareil : peu importe que la moyenne annuelle soit de 30 %, ce qui compte c’est que lors du pic de froid, la centrale tourne à 90 % de sa capacité de réglage. Si à ce moment-là elle va brûler du fioul léger, elle saturera l’air d’Ajaccio de poisons.

  •  LE “LISSAGE” DE QUALITAIR

Qualitair publie des moyennes. Or, une moyenne lisse les pics de pollution. Si la centrale émet un nuage toxique pendant 1 heure, il est “dilué” dans la statistique de la journée. Le résultat paraît conforme, mais les poumons ont subi le pic. “Si vous avez les pieds dans le congélateur et la tête dans le four, votre température moyenne est parfaite, mais vous êtes en danger.” Le lissage rend la pollution invisible.

Il faut que les prélèvements de fumées soient faits par des drones pour prélever directement dans le panache et des capteurs mobiles pour mesurer la donnée brute et instantanée. Ainsi cela permettrait de traquer le pic de pollution là où Qualitair fait de la statistique météo. Nous ne disons pas que les techniciens de Qualitair travaillent mal, nous disons qu’ils sont pieds et poings liés. Quand votre patron s’appelle EDF et que votre banquier s’appelle l’État, vous ne criez pas au loup.

Les capteurs fixes (balises) ou mobiles (camions laboratoires) sont situés à environ 1,50 m ou 2 m du sol. Un capteur fixe est comme un pêcheur à la ligne qui attend que le poisson passe. Si le vent tourne de 10 degrés, le capteur ne voit plus rien.

Les capteurs au sol mesurent un mélange de tout : chauffage au bois, échappements des voitures, navires à quai et centrale.

EDF pourra toujours dire : “Le pic de particules fines que vous voyez sur la balise de la Rocade, c’est le trafic routier, pas notre centrale.” Le capteur au sol ne sait pas faire la différence.

En prélevant directement avec un drone dans la colonne de fumée sortant du Ricanto, on obtient la “signature chimique pure” de la centrale. Si on y trouve du Vanadium, EDF ne pourra pas accuser les voitures ou les camions de livraison.

Les campagnes mobiles de Qualitair sont souvent statiques pendant plusieurs jours à un endroit précis. Si les conditions météo changent, la mesure est inutile. Le drone est dynamique. On peut le diriger exactement là où le vent pousse la fumée. C’est une traque active du polluant, et non une attente passive.

  •  LE TABOU DE LA FISCALITÉ (TICPE)

Une part vitale du budget de la Collectivité de Corse repose sur la taxe pétrolière (TICPE).

Le conflit d’intérêt : La Collectivité a un intérêt financier direct à ce que l’on brûle du fioul. Passer au bio (souvent détaxé) créerait un trou budgétaire que l’État ne s’est pas engagé à compenser à l’euro près.

                                                   

Conférence de presse TERRA

Pour un nouveau modèle de développement en Corse :  l’urgence d’un changement de cap

L’urbanisme – Si la coordination TERRA s’adresse à vous aujourd’hui, c’est pour interpeller les futurs élus des communes de Corse. Qu’ils soient reconduits ou nouveaux, ces élus porteront la responsabilité du bien-être des habitants. Cela exige avant tout le respect rigoureux des codes de l’urbanisme et de l’environnement, en stricte conformité avec le PADDUC, pour les permis de construire ou d’aménagement et les documents d’urbanisme PLU ou les cartes communales.

Il n’est pas trop tard pour arrêter la politique mortifère du « tout-tourisme ». Cette économie monolithique creuse le malheur des insulaires et alimente une spéculation immobilière hors de contrôle.

– Logement et Social : contre la dépossession

La Corse subit une “touristification” qui chasse les habitants de leurs propres centres-villes.

  • La spirale de l’exclusion : avec 19 % de la population sous le seuil de pauvreté, l’escalade des prix et des loyers rend le logement inaccessible aux jeunes Corses.
  • Le fléau Airbnb : la transformation massive de logements permanents en locations touristiques de courte durée dénature nos quartiers. Nous demandons aux maires de plafonner ces durées et d’interdire les locations de type Airbnb de moins de 30 jours dans les zones tendues.
  • Protection des terres : nous exigeons la sanctuarisation des Espaces Stratégiques Agricoles (ESA). Les ESA doivent rester des terres fertiles vouées à l’agriculture. Le béton ne doit plus couler pour des résidences qui restent vides 9 mois sur 12 alors que des milliers de logements sociaux font défaut.

– Pollution maritime : respirer dans nos ports

Le tourisme de masse ne se limite pas à la terre ; il sature nos côtes et pollue notre air.

  • L’alternative au gaz : Inutile de débattre du fioul lourd, dont l’abandon est acté. L’urgence est de supprimer les émissions à quai. Nous préconisons l’usage de groupes électrogènes au gaz (ou biogaz) et l’électrification des quais pour forcer les navires de ligne et de croisière à couper leurs moteurs polluants.
  • Capacité de charge : des sites comme Scandola sont à saturation. Nous devons instaurer des quotas de fréquentation sur tous les sites sensibles pour protéger notre biodiversité endémique.

– Énergie : la souveraineté contre le “Greenwashing”

La transition énergétique ne doit pas être un alibi pour de nouveaux profits industriels au détriment du paysage.

  • Le doute sur le Ricanto : officiellement prévue au biocarburant, nous soupçonnons EDF de vouloir faire fonctionner la nouvelle centrale au fioul léger, faute d’une PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie) finalisée et d’une logistique d’approvisionnement claire. Nous exigeons une transparence totale.
  • Le refus de l’éolien industriel : Nous critiquons fermement la solution éolienne pour la Corse. Elle défigure nos crêtes, détruit nos paysages et offre une production aléatoire sans garantir notre stabilité énergétique.
  • Les vraies solutions :
    • Les STEP (Stations de Transfert d’Énergie par Pompage) : utiliser nos barrages comme des batteries naturelles.
    • La géothermie : une ressource stable, invisible et constante, encore trop ignorée dans le mix insulaire.
    • Le solaire urbain : priorité aux toitures industrielles et parkings plutôt qu’aux terres agricoles.

– La résilience comme boussole

Le modèle actuel transforme la Corse en produit de supermarché. Nous devons placer l’île en situation de résilience alimentaire, économique et sociale. Le rôle du Maire est de mettre un frein au lucre et au clientélisme pour revenir à des décisions rationnelles et équitables.

Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry (souvent cité comme proverbe de bon sens) : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants. »

Il est temps d’agir pour que nos enfants puissent encore vivre et travailler sur leur terre.

Communiqué de presse de T&E –

Dans de nombreuses villes portuaires européennes, la pollution par les ferries est pire que celle des voitures.

Bruxelles, le 3 mars 2026
Les ferries en Europe émettent plus de CO2 que 6,6 millions de voitures et sont responsables d’une pollution atmosphérique supérieure à celle de l’ensemble des voitures dans des villes comme Barcelone, Dublin et Naples.

  • Les émissions de CO2 des ferries dans les ports européens équivalent à celles de 6,6 millions de voitures ;
  • Dublin (Irlande) est le port de ferry le plus pollué en 2025, mais les changements dans la réglementation des émissions verront Las Palmas (Espagne) occuper la première place en 2027 ;
  • La liaison Travemünde (DE) – Helsinki (FI) est la liaison la plus polluante d’Europe, devant Dover (UK) – Calais (FR) ;
  • Barcelone est le port de ferry le plus émetteur de CO2 en Europe ;
  • D’ici 2035, plus de la moitié des ferries européens pourraient être électriques et moins coûteux à exploiter ;
  • L’âge moyen d’un ferry européen est de 26 ans, ce qui signifie que la flotte est mûre pour un renouvellement.

Une nouvelle étude de T&E révèle que les ferries des villes portuaires comme Barcelone, Dublin et Naples sont responsables d’une pollution atmosphérique plus importante (SOx) que l’ensemble des voitures de ces mêmes villes. De manière encourageante, 60 % des ferries européens pourraient être électriques d’ici 2035, et plus de la moitié (52 %) seraient moins coûteux à exploiter que les navires fonctionnant aux énergies fossiles, indique le rapport. Avec un âge moyen de 26 ans pour les ferries en Europe, il est temps d’opérer une transition écologique, affirme T&E.

Les ferries jouent un rôle essentiel en reliant les îles européennes au continent, mais nombre d’entre eux sont anciens et polluants, ce qui nuit au climat et à la santé des populations riveraines. Rien qu’en 2023, les 1 043 ferries européens analysés par T&E, dont beaucoup sont de petite taille, ont émis 13,4 millions de tonnes de CO₂ – l’équivalent des émissions de 6,6 millions de voitures sur une année. Barcelone est le port européen responsable des émissions de CO₂ les plus élevées pour ses ferries.

Dublin est actuellement la ville portuaire la plus polluée d’Europe en termes de pollution atmosphérique due aux ferries, suivie de Las Palmas et Holyhead. Cette situation devrait évoluer en 2027 avec la mise en place de nouvelles zones de contrôle des émissions, limitant ainsi la pollution atmosphérique liée aux carburants maritimes dans l’Atlantique Nord-Est. Malgré des mesures similaires déjà en vigueur en Méditerranée, dans des villes comme Barcelone, les ferries émettent 1,8 fois plus de SOx que l’ensemble du parc automobile.  


Le passage aux ferries électriques offre une solution compétitive qui commence déjà à se développer en Europe. Contrairement à d’autres segments du transport maritime, les ferries sont faciles à électrifier, compte tenu de leur taille réduite et de leurs itinéraires fixes. Selon T&E, au moins 60 % de la flotte de ferries européenne pourrait fonctionner à l’énergie électrique d’ici 2035, et de nombreuses lignes sont déjà moins coûteuses à exploiter en mode électrique. L’électrification et l’hybridation pourraient réduire les émissions de CO₂ des ferries jusqu’à 42 %, améliorer la qualité de l’air dans les villes portuaires et réduire les coûts d’exploitation.


Felix Klann, responsable des politiques maritimes chez T&E, a déclaré : « Les ferries devraient relier les communautés, et non les polluer. Trop de ferries brûlent des combustibles fossiles polluants, déversant un air toxique dans les villes portuaires européennes. Leur électrification permettrait de réduire considérablement les émissions et d’apporter un peu d’air pur à des millions de personnes. » 

Des lignes de ferries électriques commencent à apparaître à travers l’Europe, prouvant que le transport maritime propre est commercialement viable dans de nombreux cas. Le principal obstacle au développement des ferries électriques est l’infrastructure de recharge, mais le défi est moins important qu’on ne le pensait. 57 % des ports n’auraient besoin que de petites bornes de recharge de moins de 5 MW pour assurer l’exploitation des ferries électriques. 

« L’électrification est économiquement judicieuse. Les ferries électriques sont déjà moins chers à exploiter sur de nombreuses lignes, et d’autres le deviendront dans les années à venir. Avec un âge moyen de 26 ans pour les ferries en Europe, le moment est venu d’opérer une transition écologique » , a ajouté Felix Klann.

FIN

Recherche minière ZEE : prospection d’hydrocarbures liquides ou gazeux

Projet de révision du décret de la réserve naturelle de Scandola. Observations du GARDE Madame, Monsieur les Commissaires enquêteurs,
Classée réserve naturelle en 1975, ce site, golfe de Porto, Calanches de Piana, Golfe de Girolata, Réserve de Scandola a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial en 1983 lors de la 7ème session du Comité du patrimoine mondial pour des critères esthétiques et de biodiversité.
La France, État partie de la Convention du patrimoine mondial est signataire de la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe de 1979.
On retiendra qu’une surpopulation de balbuzards a été l’origine d’un transfert d’oiseaux entre Corse et Toscane en 2009. (Ce transfert a-t-il été réalisé sur une proposition ou une décision d’ordre scientifique ou politique ?)
En février 2012, L’UICN et le Centre du patrimoine mondial découvrent l’octroi par la France, d’un troisième permis exclusif de recherche sismique en trois dimensions pour la prospection d’hydrocarbures liquides ou gazeux sur plus de 9300 Km² à proximité du bien, soulignant ainsi de fait, la prévalence de l’exploitation économique des ressources naturelles par la France sur tout autre considération.
Le Conseil des Ministres du Comité du patrimoine mondial (qui regroupe une cinquantaine de pays) estimant ces diverses pressions d’ordre économique exercées sur le site et les espèces comme parfaitement incompatibles avec les engagements de la France, obtient le retrait du permis de prospection offshore d’hydrocarbures liquides ou gazeux en 2012 jusqu’à l’instauration par la France en octobre 2012 d’une zone économique exclusive (ZEE), au large des côtes du territoire de la République en Méditerranée et en limite extérieure des eaux territoriales à l’ouest de la Corse. Décret n° 2012-1148 du 12 octobre 2012 –
Face à l’inaction récurrente, la Réserve perd son label en 2019.
Lors de sa dernière réunion en 2023 et même si le Comité du patrimoine mondial salue la révision de ce décret qui remonte à sa création en 1975 (alors que la fréquentation de la réserve était limitée), l’absence d’avancement dans l’élaboration d’une gestion globale du bien, demandée il y a maintenant plus de dix ans reste particulièrement préoccupante.
Bien que la France ait reconnu le problème dans ses différents rapports et dans sa correspondance avec le Centre du patrimoine mondial, peu de mesures ont été prises à ce jour pour y remédier, et l’État préférant se défausser, se concentre sur la nécessité de recueillir davantage de données sur la fréquentation du site au lieu de prendre des mesures concrètes et urgentes pour traiter le problème de la pression touristique, comme le demande le Comité, par exemple en limitant la vitesse et le nombre de navires accédant à la zone par un numérus clausus.
Face à l’absence de contraintes et de mesures de coercitions de la Charte rédigée à l’attention des différents acteurs intervenants sur le site, nous soulignons la pertinence des arrêtés préfectoraux de protection du biotope libellés sous la pression des associations locales, avec la création d’une zone de protection intégrale interdite d’accès toute l’année autour de trois nids, ainsi que la création de zones de protection renforcée pour des nids « à venir ».
Afin de nuancer cet avis nous émettons une vive réserve concernant la rédaction de l’article 9.
Considérant « les permis de recherche sismique en trois dimensions pour la prospection d’hydrocarbures liquides ou gazeux » point développé supra et la proximité de la Zone Économique Exclusive (Décret 2012)
Dans ce projet de Décret, la rédaction de l’article 9 reste particulièrement floue, « exploitation de matériaux non concessibles à titre professionnel.., autorisations de forages ou sondages dans le cadre de recherches.. »
 Les permis de prospection offshore sont-ils sous-entendus ?
 Dans le tableau comparatif art.9 : Et même si nous apprécions l’AJOUT concernant la « volonté d’interdire » l’exploitation minière sur la partie terrestre et marine (aux impacts écologiques incontestablement importants bien que difficilement mesurables à l’heure actuelle) nous demandons que les termes « volonté d’interdire » soient remplacés par INTERDICTION et que les mots «recherches sismiques à fin de prospection d’hydrocarbures liquides ou gazeux » figurent également clairement dans cet article.
 Aussi et afin d’afficher clairement sa volonté de protection de la valeur universelle exceptionnelle du patrimoine environnemental de ce site pour la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel sur la scène internationale, la France État parti de la Convention de Berne doit s’engager résolument dans sa mission régalienne de contrôles effectifs afin de préserver ce site conformément à ses engagements internationaux.
Une image de la France à étayer pour accueillir la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC – Nice juin 2025).
« La Corse » devrait quant à elle s’enorgueillir de ses richesses universelles remarquables et adopter des mesures de protection raisonnées et raisonnables sans exhiber les sites labellisés comme de simples produits d’appels mis en avant par des campagnes de marketing récurrentes.
Ces « produits leaders » emblématiques de l’image de la Corse assurent la promotion et le chiffre d’affaire d’un tourisme débridé et prédateur alors même qu’on observe sur le site l’apparition d’espèces exotiques envahissantes, un signal d’alarme incontestable !
Avec nos sincères remerciements, Recevez, Madame, Monsieur, nos salutations les plus distinguées. Le 11 février 2025

Article de Jacques Follorou – Le Monde 14 novembre

Article du monde du 14 novembre 2025

Par Jacques Follorou Publié aujourd’hui à 05h00

La justice en Corse est un exercice délicat, qui demande, plus qu’ailleurs, des qualités de sang-froid et de prudence. Et les hiérarques ne sont pas les seuls concernés. Une attachée de justice affectée au parquet du tribunal judiciaire d’Ajaccio fait ainsi l’objet de poursuites pour avoir pêché, a minima, par naïveté. Elle est suspectée d’avoir transmis des informations confidentielles sur l’avancée d’investigations visant une élue insulaire de premier plan.

Elle a été mise en examen, le 9 juillet, par un juge d’instruction bastiais des chefs de « violation du secret professionnel », « violation aggravée du secret de l’instruction ou de l’enquête » et « détournement de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel ».

Tout a débuté dans le cadre d’une enquête menée par la justice ajaccienne sur les activités de Valérie Bozzi, qui était encore maire de Grosseto-Prugna (Corse-du-Sud), présidente de l’intercommunalité de l’Ornano et conseillère territoriale, vice-présidente du groupe de droite Un SoffiuNovu à l’Assemblée de Corse. Les premiers soupçons sont nés d’une perquisition menée à son domicile. Les enquêteurs font alors part de leur surprise de trouver les lieux dans un état laissant penser qu’ils ont été nettoyés de tout document compromettant. Mais, faute d’élément, ces doutes ne prospèrent pas.

Mais l’exploitation d’écoutes téléphoniques du conjoint de Mme Bozzi, dans lesquelles des bribes de conversations laissent entendre que des informations tirées de l’enquête en cours auraient pu être communiquées au couple en amont de la perquisition, vient renforcer leurs soupçons. En remontant le fil, ils découvrent que l’interlocuteur du conjoint n’est autre que le compagnon de l’attachée de justice travaillant sur les affaires relatives au crime organisé au sein du parquet d’Ajaccio. Devant ces faits, le procureur de ce ressort, Nicolas Septe, demande au parquet général le dépaysement du dossier.

L’information judiciaire, finalement ouverte le 20 mars de cette année au sein du tribunal judiciaire de Bastia, a, depuis, permis de lever, en partie, le voile sur le cheminement de ces informations protégées par le secret. Les bureaux du parquet ont été perquisitionnés ainsi que le domicile de l’attachée de justice ensuite placée en garde à vue. Au regard de ses déclarations et de leurs propres investigations, les enquêteurs soulignent, aujourd’hui, la naïveté de l’intéressée et « la part sentimentale » dans sa motivation.

Mesures de lutte contre l’emprise mafieuse

Cette enquête peu commune a créé un certain émoi au sein du petit tribunal d’Ajaccio et pose aussi des questions sur l’ampleur des fuites. Car l’attachée de justice poursuivie ne travaillait pas sur l’affaire visant Valérie Bozzi. Pour recueillir les données sur la future perquisition, elle a dû effectuer des recherches dans les bases de données du parquet et accéder aux échanges entre les magistrats et les enquêteurs. De quoi s’interroger sur l’existence d’autres collectes d’informations pour le compte de son compagnon, qui fait également l’objet de poursuites judiciaires.

Le bénéfice de ces informations n’aura pas totalement profité à Mme Bozzi. Cette dernière a, en effet, dû démissionner de tous ses mandats après sa condamnation, le 14 mai, par le tribunal correctionnel de Bastia, à un an de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité assortis d’une exécution provisoire, pour favoritisme et prise illégale d’intérêt. Une décision dont elle a fait appel. La justice lui reprochait les conditions de passation d’un marché public de 330 000 euros pour l’installation de la vidéosurveillance sur sa commune.

Dans ce dossier, Sylvestre Ceccaldi, son compagnon, a également écopé de six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende pour recel de prise illégale d’intérêt. Valérie Bozzi, avocate au barreau d’Ajaccio, avait succédé, en 2008, à la tête de la commune de Grosseto-Prugna à sa mère Marie-Jeanne Bozzi, victime d’un assassinat, le 21 avril 2011, à Porticcio. Elle est également la nièce d’Ange-Marie Michelosi, une figure du banditisme insulaire, tué en 2008, dans le cadre de règlement comptes.

Si cette affaire de violation du secret au cœur de la justice insulaire n’a pas encore été jugée, elle fait écho aux déclarations, le 27 février, du ministre de la justice, Gérald Darmanin, à la session de l’Assemblée de Corse consacrée à la lutte contre les dérives mafieuses. Venu annoncer « une révolution de l’action de l’Etat contre le système mafieux insulaire », il détaillait son plan. Outre la création d’un pôle antimafia, installé à Bastia, il prévoyait la mise en place de procédures d’habilitation pour les personnels dévolus à la lutte contre l’emprise mafieuse, dont les magistrats, les agents pénitentiaires, les fonctionnaires de police mais aussi les attachés de justice. Tous devront, à partir de 2026, répondre à des enquêtes de personnalité pour prévenir les risques de fuites et de corruption.

Reconquérir un territoire perdu de la République

« Nous sommes confrontés à des systèmes très puissants qui ont les moyens de convaincre avec plusieurs dizaines de milliers d’euros, notait alors le ministre. Nous devons prendre en compte la question de la protection du secret et des vulnérabilités de chacun. »

Il ne s’agissait pas, dans son esprit, d’une simple réorganisation administrative, mais d’une véritable offensive de l’Etat pour reconquérir un territoire perdu de la République au profit d’un phénomène mafieux ayant pris en otage une population et une économie. « C’est un message pour dire que l’Etat n’a pas peur de juger en Corse », relevait Gérald Darmanin, qui soulignait « le caractère singulier de l’île et le mal qui peut la ronger ».

Le 7 mars, une motion avait été signée par une grande partie des magistrats de l’île pour « apporter leur soutien indéfectible à tous les collègues du ressort, face aux pressions, tentatives de déstabilisation ou menaces récentes dont ils ont fait l’objet ». Lancée à l’initiative de la première présidente de la cour d’appel de Bastia, Hélène Davo, elle faisait suite aux menaces publiques visant, nommément, le procureur de Bastia, Jean-Philippe Navarre, et un juge d’instruction du même tribunal.

Jacques Follorou